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En Uganda, comme dans tous les pays où elle intervient, Acted s’efforce toujours de mélanger staff international et professionnels locaux dans ses projets. Photo de: Acted
L'Agence d'Aide à la Coopération Technique et au Développement est une ONG indépendante, apolitique et non confessionnelle intervenant sur 24 pays. Créée en 1993 à Kaboul, elle a su étendre rapidement ses activités et met aujourd'hui en place près de 260 projets par an.
La stratégie d'Acted est d'assurer le lien entre urgence, réhabilitation et développement. Elle cherche à garantir la pérennité de son action à travers une implication sur le long terme et une forte approche participative vis à vis des communautés visées.
Ses projets couvrent huit domaines: l'aide humanitaire d'urgence, la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation et la formation, le développement économique, la microfinance, le soutien institutionnel et la promotion culturelle.
Pascal Bernard est le directeur des opérations d'Acted depuis fin 2008. Apres avoir travaillé en tant que directeur pays pour le Kyrgyzstan et l'Ouzbékistan, il assure désormais le suivi des 24 pays d'intervention en lien avec les directeurs pays et les directeurs régionaux en Afrique, Asie, Amériques, Caraïbes et Moyen Orient. Pour Devex, il revient longuement sur la stratégie d'intervention d'Acted, son organisation, son financement et son approche de l'aide au développement.
Qu'est ce qui fait la spécificité d'Acted? La variété des pays et secteurs sur lesquels vous intervenez?
En ce qui concerne les secteurs et la variété de pays sur lesquels on intervient, ce qu'il faut regarder c'est que dès le début, Acted a été créé sur une double logique. D'abord, une logique de développement intégré, c'est-à-dire que contrairement à certaines ONGs comme ACF [Action Contre la Faim], MSF [Médecins Sans Frontières], MDM [Médecins du Monde], Acted n'est pas une organisation sectorielle qui travaille sur des problématiques de la santé ou de la faim, nous avons une approche globale sur les problématiques de la pauvreté et nous essayons dans la mesure de notre capacité d'avoir un impact sur les causes principales de la pauvreté, que ce soit des causes liées à la gouvernance locale, au développement économique, aux problèmes d' infrastructures.
L'autre approche qui caractérise notre organisation vient d'une doctrine de la Commission Européenne qui s'appelle le «Linking Relief Rehabilitation and Development». C'est à dire que, contrairement à d'autres ONGs, si Acted intervient dans un contexte de crise, soit une crise avec des cause politiques, soit une crise avec des causes naturelles, un cyclone, un tremblement de terre, etc sa logique d'intervention s'inscrit aussi dans la durée, c'est à dire qu'une fois les besoin les plus urgents remplis, on essaie de travailler sur des problématiques à plus long terme.
Comment Acted s'est organisé pour pouvoir intervenir sur cette variété de secteurs?
Très simplement en fait. En recrutant des personnels internationaux et nationaux qui ont une expertise dans un domaine précis. Ce qui fait aussi notre spécificité c est que nous n'avons pas vraiment créé de postes de spécialistes techniques à Paris. Toute notre expertise se trouve sur le terrain. A partir de là, il est beaucoup pus facile de la mobiliser d'un pays à l'autre.
Donc vous recrutez vos spécialistes techniques directement sur les pays d'intervention?
Oui, c'est ca. Après, en ce qui concerne le staff international, le recrutement passe par Paris. Il y a aussi des recrutements qui se font par connaissance sur le terrain. Nous évaluons leurs compétences techniques sur le terrain, cela évite d'avoir des surprises.
Il y a un très grand nombre de pays où se trouve facilement du staff national de qualité, avec un degré de qualification très élevé. L'Union Soviétique était connue pour avoir de très bonnes universités. Nous nous assurons que ces employés adhèrent aux normes de qualité définies par Acted ou définies par les ONGs telles que les normes Sphère. Donc Acted investit dans la formation de nos personnels nationaux mais essaye aussi de recruter au maximum des travailleurs locaux pour mettre en place un projet.
Collaborez vous aussi avec des organisations locales?
Cela va dépendre du type de projets que l'on va mettre en place. Pour les projets d'urgence, lorsqu'il faut mettre en place dans un temps très courts des grosses opérations de distribution, de construction d'infrastructures, en général on ne fait pas appel à des ONGs locales.
Très souvent, elles interviennent plutôt sur des projets de plaidoyer ou de formation. C'est ce qu'on appelle du «soft» car elles n'ont pas souvent les capacités logistiques pour mettre en place très vite, et avec la même garantie de transparence que nous, ce type de projet. Elles interviennent plus sur des projets de développement.
C'est vous qui approchez ces organisations ou ce sont elles qui vous approchent?
Très souvent, cela se fait de manière assez pragmatique. C'est plutôt nous qui les approchons mais l'inverse s'est déjà passé.
Les offres publiées sur le site et qui visent des organisations sont elles différentes?
Il y a deux types d'offres que l'on trouve sur notre site. Les offres d'emploi qui sont réservés au staff international et après il y a des offres pour des entreprises pour ce qui touche à la fourniture d'équipement. En ce qui concerne le partenariat avec les ONGs locales, ce sont des négociations qui ont lieu dans le pays. En général, c'est pour répondre à des appels à propositions de la Commission Européenne ou d'autres grands bailleurs de fond.
A ce moment la, l'ONG doit se mettre en contact avec la Commission Européenne ou avec vous?
En général, les appels à proposition de la Commission Européenne délimitent le type d'activité, le type de projet à mettre en place. Admettons qu'il y ait un projet d'assainissement de l'eau, il est évident qu'elle a un certain nombre de critères lors de l'évaluation du projet qui va inclure aussi des critères quant à la capacité du partenaire à mettre en place des projets. Donc l'important pour Acted c'est d'aller s'assurer que le partenaire choisi pour répondre à l'appel à proposition de la Commission Européenne a les qualités techniques. Elle doit aussi répondre aux critères administratifs parce qu'à la Commission Européenne, il y a vraiment ces deux niveaux.
Cela rend le choix parfois un peu difficile dans les pays où la société civile est encore fragile et ne peut accepter d'ONGs suffisamment développées pour rentrer en partenariat avec Acted.
Justement concernant le partenariat avec le secteur public, Acted finance ses activités entièrement avec des fonds publics. Quels en sont les benefices?
On fonctionne à 95% avec des fonds institutionnels à travers les grands bailleurs. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de bénéfices. Cela a plutôt été un choix dès le départ dans le sens où il y avait déjà un grand nombre d'ONGs françaises qui étaient très visible auprès du grand public français. Pour dire les choses d'une manière un peu triviale, le marché était un peu saturé. Je pense que ce choix stratégique consistait aussi à mettre toute l'énergie afin de développer une compétence technique et non pas à adresser un message grand public qui permettrait de récupérer des fonds privés.
Avec la crise économique, votre modèle de financement apporte peut être plus de sécurité?
Oui et non. Acted fait partie d'un réseau d'ONGs européen qui s'appelle «Alliance 2015». La plupart des membres de l'Alliance sont dépendants de source de financement provenant du grand public, comme Concern en Irlande, et eux ont déjà enregistré une baisse de 20 à 30% de leur financement. A l'inverse, c'est vrai que nous sommes encore dans une phase de croissance. Notre budget pour 2008 est de 50 millions d'euros et on table pour un montant de 55 à 57 millions d'euros pour 2009. Cependant, on craint quand même qu'en 2010 que le montant de financement public disponible baisse parce que nous travaillons en 2009 sur des décisions de financement qui ont été prises en 2008. Il y a donc un phénomène de décalage et il y a davantage un risque de ressentir les effets de la crise en 2010.
Cependant, comme il s'agit d'un processus très compétitif, si nous sommes meilleurs que les autres en 2010, nous pouvons espérer récupérer une partie des financements que d'autres ONGs perdront. Ça, nous ne le savons pas encore.
Comment Acted arrive à être meilleur que les autres pour récupérer ces financements? Avez vous des pratiques ou stratégies particulières? Est-ce votre renommée?
La renommée arrive dans un deuxième temps. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a un certain nombre de bailleurs qui nous connaissent et nous font confiance.
Dans la première phase, je pense que deux choses ont joué. L'innovation, car nous avons proposé des choses que d'autres ONGs ne proposaient pas. Il y a notre approche intégrée qui maintenant est devenue très classique, c'est-à-dire une approche multisectorielle, pas seulement médical ou purement nutritionnel, ça c'était quelque chose de très nouveau avant et qui l'est un peu moins maintenant. Il y a également, notre connaissance assez fine du terrain parce que nous ne fonctionnons pas sur un système de desks comme la plupart des ONGs, nous avons vraiment toute notre structure managériale décentralisée avec des directeurs régionaux qui sont sur le terrain, des directeurs pays qui sont sur le terrain et qui sont entièrement responsables du développement des projets, donc ils sont vraiment au plus près du terrain, au plus près des bénéficiaires.
Enfin, un dernier point, on a mis en place un département au sein de nos missions qui s'appelle le département «Monitoring and evaluation» qui fait tout un travail de collecte d'information sur le degré de vulnérabilité, le degré d'insécurité alimentaire des populations ciblées. Cela permet d'apporter un très grand nombre de données qualitatives qui permettent d'appuyer l'argumentation dans nos appels à proposition. Nous sommes à même de dire, il y a tant de pourcentage de pauvreté, il y a tant de pourcentage de personnes vivant avec moins de x dollars par jour, dans la zone où nous allons intervenir.
Acted travaille dans une vingtaine de pays. Quels sont les obstacles rencontrés quand vous vous implantez dans une nouvelle région et comment faites vous pour les dépasser?
Les obstacles sont juridiques. Dans certains pays, il peut être très simple ou très compliqué de s'enregistrer. Or, un certains nombres de bailleurs mettent comme pré-conditions l'existence d'un enregistrement dans le pays pour mettre en place des projets. Ce que nous avons tendance à faire c'est adopter un développement par capillarité. Par exemple, si nous sommes présents en Uganda ou au Kenya, nous lançons une petite mission exploratoire au Zimbabwe ou en Tanzanie. Nous rassemblons tous les documents nécessaires pour l'enregistrement. L'enregistrement peut durer deux à trois ans.Une fois enregistrés, nous essayons de répondre à des appels à propositions.
Donc c'est souvent un investissement qui est assez faible finalement car ce n'est pas très cher de s'enregistrer. Mais c'est vrai que cela peut prendre du temps et donc du coup on a intérêt à lancer ce processus d'enregistrement dans un maximum de pays pour pouvoir après répondre à une crise rapidement en ayant en main tous les documents d'enregistrement nécessaire à un déploiement de nos activités.
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